Auteur/autrice : CaRYIAtid3Lov3

J’aime les gens qui passent – Moitié dans leurs godasses – Et moitié à côté

Je suis fragile, j’aimerai trouver quelqu’un qui a la même fragilité que moi … et on est alors dans un rapport égal à égal … Moi je reste fragile, toute la création c’est vraiment un portrait de soi avec force et fragilité 

https://simpsoncenter.org/programs/lecture-1-abderrahmane-sissako

Abderrahmane Sissako

Musique Les gens qui doutent – Anne Sylvestre

Vous reprendrez bien une part de tarte?

J’étais tranquillement en train de siroter un verre de vin blanc en terrasse, quand j’entends le mot « portugais » à la table voisine.
Je décide de tendre l’oreille par curiosité. Trois femmes, je ne sais pas quel âge leur donner, entre 25 et 30 ans disons. L’une d’elle dit qu’elle est allé au Portugal et semble vouloir contredire les deux autres.
L’une des deux autres dit « Ouais, mais les portugais, ils bossent tous sur les chantiers », l’autre ajoute « Ils mangent de la tarte aux poils ».
Je me suis retournée, les ai regardé et j’ai simplement dit en souriant « je suis portugaise ».
Madame tarte au poil me répond en désignant sa copine « elle, elle a défendu les portugais » histoire de se dédouaner un peu.
Je n’ai rien dit, je suis retourné à mon verre.
Des « parisiennes » attablées à Opéra qui peut-être auraient embrayées sur leur concierge si utile au quotidien.
Le mépris ordinaire.
On m’a déjà rétorqué que leur répondre c’était leur accorder de l’importance, que je devais être fière de mes origines mais je ne suis pas d’accord.
Je continuerai à leur mettre le nez devant leur caca.
Parce que c’est pas de la blague sympatoche, du préjugé au rabais, c’est juste du caca. Ça sent mauvais, c’est pas comestible.

Mise à jour du 17/06/2020
Pour aller plus loin, voici un article sur la question de la pilosité de l’universitaire Irène Pereira : https://iresmo.jimdofree.com/2017/03/28/le-portugais-le-chainon-manquant-dans-l-imaginaire-racialiste-en-france/

Nem pensar a gente quer

« Dans les conditions de vie accablantes qui pèsent sur nous, les gens ne demandent pas la lucidité, ils demandent un opium quelconque, et cela, plus ou moins, dans tous les milieux sociaux. Si on ne veut pas renoncer à penser, on n’a qu’à accepter la solitude. Pour moi, je n’ai d’autre espérance que de rencontrer çà et là, de temps à autre, un être humain, seul comme moi-même, qui de son côté s’obstine à réfléchir, à qui je puisse apporter et auprès de qui je puisse trouver un peu de compréhension. Jusqu’à nouvel ordre de pareilles rencontres restent possibles — la preuve en est que nous nous écrivons — et c’est un bonheur extraordinaire, dont il faut être reconnaissant au destin. Qui sait si un de ces jours un régime « totalitaire » ne viendra pas pour un temps supprimer presque entièrement la possibilité matérielle de telles rencontres ? »

Source : Simone Weil, lettre n°2  à Jacques Lafitte du 14 avril 1936

 

Musique : Gal Costa – Barato total

Les riens

Les puces rêvent de s’acheter un chien et les rien rêvent de ne plus être pauvres, ils rêvent d’un jour magique où la chance tomberait du ciel, en pluie drue ; mais la bonne fortune n’est pas tombée hier, elle ne tombera pas aujourd’hui, ni demain, ni jamais, elle ne tombe même pas en pluie fine, bien que les rien la réclament, bien que leur main gauche les démange, bien qu’ils se tiennent debout sur leur seul pied droit, ou commencent l’année avec un balai neuf.
Les rien: les enfants de personne, maîtres de rien.
Les rien : les personne, les niés, ceux qui courent en vain, ceux qui se tuent à vivre, les baisés, les éternels baisés :
Qui ne parlent pas une langue mais un dialecte.
Qui n’ont pas de religion mais des superstitions.
Qui ne sont pas artistes mais artisans.
Qui n’ont pas de culture, mais un folklore.
Qui ne sont pas des êtres humains mais des ressources humaines.
Qui n’ont pas de visage mais des bras.
Qui n’ont pas de nom, mais un numéro.
Qui ne figurent pas dans l’histoire universelle mais dans la presse locale.
Les rien qui ne valent pas la balle qui les tue.

Les riens – Eduardo Galeano

Les riens