« Dans les conditions de vie accablantes qui pèsent sur nous, les gens ne demandent pas la lucidité, ils demandent un opium quelconque, et cela, plus ou moins, dans tous les milieux sociaux. Si on ne veut pas renoncer à penser, on n’a qu’à accepter la solitude. Pour moi, je n’ai d’autre espérance que de rencontrer çà et là, de temps à autre, un être humain, seul comme moi-même, qui de son côté s’obstine à réfléchir, à qui je puisse apporter et auprès de qui je puisse trouver un peu de compréhension. Jusqu’à nouvel ordre de pareilles rencontres restent possibles — la preuve en est que nous nous écrivons — et c’est un bonheur extraordinaire, dont il faut être reconnaissant au destin. Qui sait si un de ces jours un régime « totalitaire » ne viendra pas pour un temps supprimer presque entièrement la possibilité matérielle de telles rencontres ? »

Source : Simone Weil, lettre n°2  à Jacques Lafitte du 14 avril 1936

 

Musique : Gal Costa – Barato total

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *