Drôle de partenariat entre mixcloud et juno ou comment ils transforment vos mixes en compilations 6


J’avais choisi mixcloud pour mettre des mixes en lignes pour une raison toute simple : les droits d’auteurs sont payés. (Bon, comment et combien c’est une autre histoire…).
J’avais déjà remarqué qu’on pouvait acheter les morceaux et cela ne me dérangeait pas. Après tout, mixcloud n’est pas une entreprise philanthrope et il est normal qu’elle ait un modèle économique.

 

Par curiosité aujourd’hui j’ai cliqué sur le lien « buy », et quelle a été ma surprise de découvrir un partenariat avec juno.
Si les morceaux sont en vente sur juno, cela génère une compilation +voir ici +

 

juno_wegofunk

Alors là, bon ça me dérange un peu car le dj devient compilateur à ses dépens. Certes, le nom du compte mixcloud apparaît mais une cela s’est fait sans que j’en sois informée. On ne m’a absolument pas demandé mon avis pour apparaître en tant que compilation. Et j’ai un autre problème en plus, Wegofunk n’est pas l’auteur des mixes puisque ce sont des djs invités…

Ce qui me choque dans tout ça, c’est qu’on peut acheter la playlist.
N’importe qui donc peut acheter à Juno, MA sélection de disques. Je ne suis pas au courant et bien sûr je ne touche rien dessus. Grand seigneur, mixcloud et juno t’offre déjà l’opportunité de faire les choses légalement, tu ne vas pas te plaindre quand même. Et puis, faire des mixes, c’est pas légal puisqu’on est censé demandé aux artistes leur autorisation (vive la législation française sur le droit d’auteur).

La position du dj, du selector, du curateur est donc une position qui dans le monde de la musique n’est absolument pas valorisée. Ou plutôt si, on lui reconnait de l’importance mais c’est un intermédiaire dont on souhaite se passer.

Car dans l’industrie musicale (et dans le monde des médias) on connait très bien l’importance du conseil et d’ailleurs, les ingénieurs travaillent d’arrache-pied à créer des algorithmes qui pourraient faire aussi bien que ton (feu) disquaire, ton ami qui s’y connait en musique ou tout autre personne en qui tu as toute confiance en matière musicale.

La « recommandation » comme c’est appelé, est d’ailleurs abondamment utilisée par youtube, amazon, ou autres.

Pourquoi ça m’énerve ?

Principalement car j’ai l’impression d’être spoliée et de fournir du contenu et des clients à des entreprises malgré moi. De mettre à disposition mon savoir en matière musicale en échange d’un service (youtube, mixcloud, etc.) et ce sans aucune maîtrise, ni contrôle. (Que fait-on de mes données ? Les conditions d’utilisations vont-elles changer ?)

L’industrie musicale inverse les rôles. Tu étais un acteur et là tu deviens juste consommateur/utilisateur.
Or j’estime moi que dans un catalogue de milliers, voire de millions d’œuvres, séparer le bon grain de l’ivraie, pouvoir conseiller quelqu’un de manière fine, informer, ça a de la valeur. Et donc ça devrait être monnayable.

Que faire ?

Alors… Bonne question…
Je suis un peu désemparée sur la question car j’ai l’impression que la prise de conscience est trop tardive et que de toute façon, le dj ou le curateur ne sont que des utilisateurs de musique. Ils doivent s’acquitter de droits d’auteurs. Les artistes et la manne financière qu’ils représentent (600 Millions d’euros en 2013, en France) sont très bien protégés et c’est encore pire depuis que le marché du disque s’est cassé la figure, tout le monde est super tendu.

Ma décision a consisté à fermer Wegofunk et à utiliser un peu moins tous ces services (même si je les « teste »)


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6 commentaires sur “Drôle de partenariat entre mixcloud et juno ou comment ils transforment vos mixes en compilations

  • dusty C

    tout ça est très vrai mais je pense que c’est un peu la conséquence logique au podcast (et mix) en général. Combien de nouveaux mixs on reçoit par semaine? On alimente un peu l’attitude consumériste des « profanes » qu’on essaie au contraire de canaliser en suscitant l’interet par un contenu plus soigné, une vraie démarche de compilation ou de mix (avec un fil conducteur, pas simplement des morceaux à l’affilée).
    La dérive qui en découle, c’est que maintenant, ton mix ou tes tracks finissent dans un serato ou sur une autre plateforme via achat digital ou non (certains doivent meme recupérer des découpes du mix lui meme).
    La plupart des gens qui font un travail de qualité paient les disques et comprennent la logique du support physique et il serait pas mal que les mix retrouvent cette logique (l’engouement autour des mixtapes fin 90’s était qd mm énorme). Il serait bon de réanimer un peu « l’accessibilté limitée » (meme si youtube a qd meme sonné la fin de çà)et de redonner de la valeur à ce travail et son contenu
    .Payer 5,6 euros une tape ne signifie pas mettre 5 e dans la poche du curateur (à qui la musique n’appartient pas) mais plutot de responsabiliser par l’achat (tu payes un truc, tu t’en sers).
    Je ne pense pas que les sorties cassette de stone throw recemment ne se résume pas simplement à faire des goodies et que c’est une piste

  • Christophe M.

    J’ai du mal à te suivre et à comprendre ce qui te gène … Il faut bien que mixcloud gagne un peu de $$ klk part ?
    MC permet (notamment) à des milliers d’artistes de se faire connaitre par des labels et aussi à toute une tripotée d’artiste de déposer une actualité régulière et d’être suivis.

    Tu dis  » c’est pas légal puisqu’on est censé demandé aux artistes leur autorisation (vive la législation française sur le droit d’auteur). »
    Mais si les morceaux sont à vendre sur JUNO, y a pas gd chose à ajouter, et MC & JUNO c’est pas français, donc la législation française …

    Sur la position du DJ/selecteur, tu t’emballes un peu en assimilant je trouve un peu rapidement au phénomène de « recommandation » sur le web …
    Si tu veux gagner de l’argent avec tes PL, trouve un autre moyen pour héberger tes mixes & playlists, fais des liens vers JUNO et tu toucheras les commissions…

    Dernière question, quand tu t’es inscrite, as tu tout lu : http://www.mixcloud.com/terms/

    • admin Auteur du billet

      Bonjour Christophe,

      Que mixcloud se finance c’est normal, et c’est écrit dans mon article. Ils t’offrent un service et payent des droits d’auteurs. Selon le droit français, quand tu es dj et que tu mets un mix en ligne, t’es censé payé des droits d’auteurs (la sacem). Personne ne le fait ou presque et la Sacem n’a pas les moyens de venir contrôler tout ça. Donc sur le principe ça ne me dérange pas qu’ils mettent des liens pour vendre.

      Mais là, ils vendent ton mix sous forme de compilation et je suis pas d’accord. Quand je fais un mix, c’est MON travail de compilation, le résultat de 20 ans de recherche de disques, d’écoute, de formation du goût et de l’oreille. Et puis, moi j’ai mis un mix pour faire ma promo de manière légale. Que Juno et mixcloud s’accordent pour le vendre sans me verser un % je trouve que c’est du vol.

      Mixcloud n’est qu’un outil. Le travail de promotion c’est à MOI de le faire. Mixcloud ne le fait pas pour les artistes.

      Est-ce que je m’emballe sur la recommandation ?
      De nombreux services en ligne comptent sur la recommandation des internautes pour faire connaître leur service et les produits qu’ils vendent. Un exemple, Deezer qui a fait un partenariat avec Facebook. L’utilisateur peut partager ses liens d’écoute sur son mur et indirectement fait connaître Deezer et recommande des artistes à ses amis. Cela a fait décoller leur vente d’abonnement et les a placé à l’international également (Source : la directrice marketing de Deezer entendu lors d’un séminaire sur la musique hier dans les locaux du cnrs. voir lien)

      Quand tu mets un mix sur mixcloud, tu fais travailler le back catalogue des labels, celui de juno, tu fais de la promo pour des morceaux oubliés… Et puis ça leur permet de savoir ce que les djs écoutent, les sons qui marchent le mieux, etc. Ce sont des données importantes pour le marketing tout ça.

      Alors oui leur CGV avec le paragraphe qui dit « on peut à tout moment changer le service sans qu’on soit obligé de vous avertir« . Top ! Le tout en anglais sur 10 pages lol. C’est très transparent et honnête.

      « Si tu veux gagner de l’argent avec tes PL, trouve un autre moyen pour héberger tes mixes & playlists, fais des liens vers JUNO et tu toucheras les commissions… »
      Hum… Au départ je cherchais juste une manière d’héberger des mixes de manière légale, pas une rémunération.

      Sinon, tu bosses pour mixcloud et juno ?

      • Christophe M.

        Ta réponse me va parfaitement car elle est moins « facile » que ton article origine.

        Non je ne travaille ni pour l’un ni pour l’autre, je suis plutot du genre à creuser pour pas me planter. Je m’intéresse autant à la musique qu’aux nouvelles technos / nouveaux médias et j’essaye juste de comprendre comment tout cela peut prendre sens et que tout le monde s’y retrouve. Le but de mon msg est aussi d’éviter les conclusions & amalgames trop hâtives/faciles. Et j’espère que tu ne penses pas que seuls les gens de chez MC ou juno peuvent avoir un avis différent du tien 🙂

        Je reste malgré ta démo persuadée qu’il te rendent un service difficilement quantifiable (à toi et tous ceux qui utilisent leur outil) et que ce n’est que juste retour des choses.

        au début quand ce genre de services/startups arrivent c’est tjs « waou c’est super ce site » et s’ils ne sont pas morts au bout d’un an et qu’ils essayent d’en vivre, la réalité devient tjs affreuse, manichéenne …
        il ne faut pas oublier que pour la plupart des startupers, le quotidien du début c’est souvent des emplois cumulés, des payes de misère, de longs mois sans un sous, et le plus souvent pour leur passions …
        de plus il faut aussi arrêter de penser que tout est « gratuit » sur le web car à par les quelques outils, tout le reste se paye à un moment non ?

        je pose la question différemment, combien d’argent tu crois qu’ils font avec cette fonctionnalité …? sur ce profil et les mix ou sur tous les mixs en général…. ca doit pas voler bien haut !
        alors oui, les données & le marketing, le back catalogue qui est malaxé sinon il mourrait .. ok
        mais quant tu parles de « MON travail de compilation, le résultat de 20 ans de recherche de disques » je suis sceptique … je n’arrive pas à comprendre ce que cela devrait induire pour toi. Peux tu m’éclairer ?

        un point important, ce billet ne doit pas être pris méchamment, mais vraiment comme un dialogue ! Je comprends ta position bien entendu, mais il faut tjs un avocat du diable 🙂

        BuBBle

        • admin Auteur du billet

          Disons que je ne veux pas noyer le lecteur avec un article de 10 pages, forcément y’a des raccourcis mais justement en discutant ça m’oblige à argumenter sur certains points. Et je te remercie pour tes commentaires, ça fait avancer le « débat » ^^
          Je comprends parfaitement la position du créateur d’entreprise, la prise de risque, la nécessité de faire rentrer de l’argent.
          Quand à la situation que tu décris, oui, je connais bien. C’est mon cas. Cumuler plusieurs casquettes, des emplois plus ou moins alimentaires, suivre des cours à côté. Je vois très très bien.
          Dans ce cas précis, peu importe le montant de la somme qu’ils prélèvent sur les mp3 vendus.
          Ils utilisent à mes dépends, un travail que j’ai fourni et qui m’a coûté de nombreuses heures de recherches et d’achat de disques.
          Ce que je veux dire, c’est que faire une compilation n’est pas le résultat du hasard mais le fruit, dans mon cas, d’un investissement personnel et financier relativement conséquent. Et j’estime donc, que ça a de la valeur.

          • admin Auteur du billet

            Hello,

            Depuis cet article, j’ai découvert avec ô joie et bonheur que des chercheurs bossait sur la questions depuis quelque temps déjà. En France, il y a ce bouquin sur le digital labor http://www.inaglobal.fr/numerique/article/quest-ce-que-le-digital-labor-8475

            Et, je n’ai pas changé d’avis. Notamment depuis que de nombreux services vendant la possibilité de faire de la playlist on vu le jour. Je cite le bouquin de Casilli & Cardon « Même les IA les plus avancées d’aujourd’hui ne sont pas adaptées, par exemple, à créer des playlists à partir d’un ensemble de morceaux de musique ».
            Et c’est pas juste un point de vue d’allumé pro marxiste ou je ne sais quoi :).